Mode : la fin de la destruction des invendus profite à la seconde main

Depuis le 19 juillet 2026, les grandes enseignes de mode n’ont plus le droit de détruire leurs vêtements et chaussures invendus. Ce changement, imposé par un règlement européen sur l’écoconception, arrive au moment même où le marché de la seconde main atteint des sommets en France. Deux mouvements qui se répondent et redessinent la façon dont les Français achètent, gardent et revendent leurs habits.

Ce que change concrètement la nouvelle règle européenne

Le règlement européen sur l’écoconception des produits durables (ESPR) interdit désormais aux grandes entreprises d’incinérer ou de mettre en décharge leurs stocks de textiles, chaussures et accessoires invendus. Elles doivent désormais donner la priorité à la revente, au don à des associations ou à la préparation en vue du réemploi. Les petites et moyennes entreprises bénéficient d’un délai supplémentaire, l’obligation ne s’appliquant à elles qu’à partir de juillet 2030.

Quelques exceptions restent prévues : la destruction demeure autorisée quand les produits présentent un risque pour la santé ou la sécurité, s’il s’agit de contrefaçons, ou si les articles sont irréparablement endommagés. Les marques concernées devront également publier des informations sur les quantités de produits invendus qu’elles éliminent, dans un souci de transparence.

La seconde main, déjà une habitude installée

Cette obligation de ne plus jeter tombe à un moment où les Français ont déjà largement pris le pli de la seconde main. Selon le baromètre 2026 d’un institut d’études spécialisé, 66 % des Français achètent ou vendent des articles d’occasion, et le marché français pèse désormais 14 milliards d’euros. L’habillement reste, de loin, la catégorie la plus concernée : il représente 72 % des achats d’occasion et 74 % des ventes, loin devant les produits culturels ou l’ameublement.

Les motivations restent avant tout pratiques : se débarrasser d’objets non désirés (46 %), gagner de l’argent (41 %) et accéder à des produits de qualité à moindre coût (39 %) arrivent devant l’argument environnemental (37 %). Un constat que confirmait déjà notre article sur la progression des vêtements d’occasion face au neuf : le budget pèse au moins autant que la conscience écologique dans ce choix.

Deux textes, une même direction

Le nouveau règlement européen s’ajoute à un arsenal déjà mouvementé pour l’industrie textile. La France avait déjà légiféré de son côté avec sa propre loi anti fast-fashion, qui vise notamment les plateformes d’ultra fast-fashion. Les deux textes ne visent pas les mêmes leviers : l’un s’attaque à ce que les marques font de leurs invendus, l’autre cible la mise sur le marché de vêtements produits en très grande quantité à bas coût. Ensemble, ils poussent dans la même direction : une industrie qui produit et jette moins.

  • 19 juillet 2026 : entrée en vigueur de l’interdiction pour les grandes entreprises
  • Juillet 2030 : extension aux petites et moyennes entreprises
  • 72 % des achats de seconde main concernent l’habillement

Du côté des podiums aussi, la durabilité gagne du terrain, comme le montrait notre reportage sur la nouvelle génération de créateurs et les matériaux durables lors de la Fashion Week de Paris. Les acheteurs curieux de comparer les prix entre neuf et occasion peuvent aussi consulter notre rubrique E-commerce, Shopping & Boutique, tandis que les enjeux plus larges de cette transition sont détaillés dans notre rubrique Écologie & Environnement.

Un secteur sous surveillance

Pour les enseignes, l’enjeu est désormais de réorganiser toute la gestion de leurs stocks invendus : partenariats avec des associations, filières de reconditionnement, ou vente à prix réduit sur des plateformes dédiées. Pour les consommateurs, le mouvement se traduit par une offre d’occasion toujours plus fournie, alimentée directement par les surplus des marques elles-mêmes.

Questions fréquentes

Depuis quand les entreprises ne peuvent-elles plus détruire leurs vêtements invendus ?

L’interdiction s’applique depuis le 19 juillet 2026 pour les grandes entreprises. Les petites et moyennes entreprises disposent d’un délai supplémentaire, jusqu’en juillet 2030.

Toutes les destructions de textiles sont-elles interdites ?

Non. La destruction reste autorisée si les produits présentent un risque pour la santé ou la sécurité, s’il s’agit de contrefaçons, ou si les articles sont irréparablement endommagés.

La seconde main profite-t-elle de cette nouvelle règle ?

Elle s’inscrit dans la même dynamique : les marques doivent désormais privilégier la revente, le don ou le réemploi de leurs invendus, ce qui vient nourrir un marché de l’occasion déjà installé, pesant 14 milliards d’euros en France.

Sources

Représentation de la Commission européenne en France — fin de la destruction des invendus
iligo — Baromètre de la seconde main 2026
Économie Circulaire — nouvelles mesures sur les invendus textiles

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